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Les Riches Heures Automnales

LES ARTS FLORISSANTS

Gesualdo, sacré et profane

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DIMANCHE 25 SEPTEMBRE -  16h  
Eglise Saint-Pierre de La Réole

Paul AGNEW, direction musicale et ténor
Miriam ALLAN, soprano
Mathilde ORTSCHEIDT, contralto
Mélodie RUVIO, contralto
Hugo HYMAS, ténor
Edward GRINT, basse

Tarif plein 1e catégorie : 40€* 

Tarif réduit 1e catégorie : 35€*

Tarif plein 2e catégorie : 25€*

Tarif réduit 2e catégorie : 20€*

Gratuit pour les moins de 12 ans

*Une commission (frais logistiques) de 0,80€ TTC est ajoutée pour chaque billet acheté

Toute bonne interprétation musicale s’appuie sur une connaissance intime du compositeur et de ses intentions, mais Carlo Gesualdo n’est pas un homme facile à saisir. Les détails de sa vie pourraient nous inciter à voir en lui un fou, dangereux, complexe et dépressif ; mais ne considérer sa musique qu’à travers ce sombre prisme revient, selon moi, à mal interpréter et même à desservir le fin musicien et le grand compositeur qu’il fut.

Carlo Gesualdo, Prince de Venosa, naquit dans l’une des plus riches familles de l’Italie du Sud. Voici une première énigme. La profession de musicien était alors considérée comme très inférieure au noble statut de Gesualdo ; pourtant il passa sa vie en compagnie de musiciens, à étudier la musique et à publier ses propres œuvres en les signant de son nom. Pourquoi ? Les musiciens de l’époque éditaient leur musique pour en tirer de l’argent, mais Gesualdo n’en avait pas besoin. Le fit-il pour la postérité ? C’est là un concept très moderne. La musique de l’époque était écrite pour un usage immédiat, pas pour la conservation, et cependant Gesualdo publia ses madrigaux dans leur intégralité.

Les motets donnent à voir une autre facette importante du personnage. Carlo n’était pas le premier, mais le second fils des Gesualdo ; selon la tradition de la noblesse italienne de l’époque, son destin était donc de servir l’Église. Et pas à un moindre niveau : sa famille était depuis longtemps liée aux plus hauts échelons de la hiérarchie ecclésiastique, et son oncle n’était autre que le cardinal Carlo Borromeo. Mais lorsque son frère aîné mourut à l’âge de dix-huit ans, la vie de Carlo dut être réinventée en toute hâte. Après avoir été formé au service de l’Église, voilà qu’il devait hériter de l’une des plus grandes fortunes d’Italie et qu’en tant que futur chef de famille, sa nouvelle et plus haute responsabilité était à présent d’offrir un successeur à la dynastie des Gesualdo. On s’empressa de le marier à une jeune et très belle veuve, Maria d’Avalos – un mariage voué à une fin tragique et violente, avec le meurtre de Maria par son jeune époux. Les circonstances de sa mort et son infidélité flagrante deviendraient une affaire célèbre dans toute l’Italie du Sud, mais Gesualdo ne fut jamais condamné. En tant que noble, marié à une femme ouvertement adultère, la cour considérait que seules deux options s’offraient à lui : vivre en mari trompé (une humiliation inimaginable pour un noble de son rang), ou bien agir... Le meurtre de sa femme, sans être pour autant excusé, était considéré comme la seule action possible pour préserver sa dignité personnelle et la réputation familiale. Quelque terrible qu’ait été l’acte, ce n’était donc pas le fait d’un fou mais plutôt une décision calculée, rendue nécessaire par son statut. Penser que ce soit cela qui l’ait amené à écrire une musique extrême et harmoniquement audacieuse, voir même démente, est une idée fausse. La musique de Gesualdo est, en grande partie, hautement traditionnelle, et ses moments de chromatisme extrême représentent l’apothéose d’un mouvement musical déjà présent à Ferrare de nombreuses années auparavant.

J’ai façonné notre programme afin de donner à entendre le développement musical de Gesualdo, de l’ambitieux jeune Napolitain au compositeur virtuose et accompli de Ferrare. Nous entendrons des extraits tirés de chacun de ses six livres de madrigaux, entrecroisés de motets publiés en 1603. C’est une sélection de quelques-unes des plus belles pages de musique de l’époque, parfois étranges, passionnées, expressives, mais jamais insensées. Car Gesualdo mérite qu’on se souvienne de lui pour la beauté de sa musique, plus que pour sa jeunesse violente.

 

Paul Agnew